Faut-il investir maintenant ou attendre ?

"Les marchés sont trop hauts", "Il vaut mieux attendre une correction", "Ce n'est pas le bon moment". Ces phrases reviennent en boucle depuis des décennies. Pourtant, les données historiques racontent une autre histoire. Décryptage. Le mythe du "bon moment" Une question vieille comme la bourse En 2015, les marchés étaient "trop hauts". En 2018 aussi. En 2020 avant le krach COVID. En 2021 après la reprise. En 2023. Aujourd'hui encore. À chaque époque, des investisseurs attendent le "bon mom
"Les marchés sont trop hauts", "Il vaut mieux attendre une correction", "Ce n'est pas le bon moment". Ces phrases reviennent en boucle depuis des décennies. Pourtant, les données historiques racontent une autre histoire. Décryptage.
Le mythe du "bon moment"

Une question vieille comme la bourse
En 2015, les marchés étaient "trop hauts". En 2018 aussi. En 2020 avant le krach COVID. En 2021 après la reprise. En 2023. Aujourd'hui encore.
À chaque époque, des investisseurs attendent le "bon moment" qui ne vient jamais — ou qu'ils ne saisissent pas quand il arrive.
Le paradoxe de l'attente
Quand les marchés baissent fortement (le "bon moment" tant attendu), la peur empêche d'investir. Quand ils montent, on attend une baisse. Résultat : on n'investit jamais.
Ce que disent les données
Sur les 50 dernières années, le S&P 500 a terminé en hausse 73 % des années. Attendre une baisse, c'est statistiquement attendre un événement minoritaire.
Les chiffres qui tranchent le débat
Investir immédiatement vs attendre
Étude sur le S&P 500 (1950-2020) comparant deux stratégies avec 10 000 $ par an :
| Stratégie | Méthode | Résultat moyen |
|---|---|---|
| Investissement immédiat | Investir le 1er janvier de chaque année | 100 % du temps investi |
| Attente du creux | Investir au point le plus bas de l'année | Impossible à prévoir |
| DCA mensuel | Investir mensuellement | 95 % de la performance de l'investissement immédiat |
Résultat : investir immédiatement bat le DCA dans 68 % des cas. Mais le DCA bat l'attente indéfinie dans 100 % des cas.
Le coût de l'attente
Si vous aviez investi 10 000 € dans le MSCI World et manqué :
| Scénario | Rendement sur 20 ans |
|---|---|
| Resté investi tout le temps | +400 % |
| Manqué les 10 meilleurs jours | +180 % |
| Manqué les 20 meilleurs jours | +90 % |
| Manqué les 30 meilleurs jours | +30 % |
Les meilleures journées boursières arrivent souvent après les pires. En restant hors du marché, vous risquez de les manquer.
Time in the market vs timing the market
| Approche | Principe | Résultat historique |
|---|---|---|
| Time in the market | Rester investi longtemps | Gagnant dans 95 % des périodes de 15 ans |
| Timing the market | Entrer et sortir au bon moment | Échec pour 90 % des investisseurs |
Pourquoi le market timing ne fonctionne pas

Il faut avoir raison deux fois
Pour réussir le market timing, vous devez :
- Vendre avant la baisse
- Racheter avant la hausse
Avoir raison une fois est déjà difficile. Deux fois consécutives est quasi impossible.
Les meilleurs jours suivent les pires
Les 10 meilleures journées boursières de l'histoire sont souvent survenues dans les semaines suivant les pires. En sortant du marché après une chute, vous manquez généralement le rebond.
Les frais et la fiscalité
Chaque aller-retour génère :
- Des frais de courtage
- Une imposition sur les plus-values
- Un manque à gagner si le marché continue de monter
Même les professionnels échouent
Sur 15 ans, plus de 90 % des fonds actifs sous-performent leur indice de référence. Si les gérants payés pour ça n'y arrivent pas, pourquoi y arriveriez-vous ?
Les arguments pour investir maintenant
L'argent qui dort perd de la valeur
Avec une inflation de 2-3 % par an, 10 000 € sur un compte courant perdent 200-300 € de pouvoir d'achat chaque année. Attendre a un coût réel.
Les marchés montent sur le long terme
Malgré les krachs, les guerres et les crises, les marchés actions ont toujours fini par atteindre de nouveaux sommets. La tendance séculaire est haussière.
Les dividendes continuent de tomber
Même quand les cours baissent, les entreprises versent des dividendes. En attendant, vous passez à côté de ces revenus.
Vous ne pouvez pas prédire l'avenir
Personne n'a de boule de cristal. Les "experts" qui prédisent les krachs ont tort plus souvent qu'ils n'ont raison — et quand ils ont raison, c'est souvent par hasard.
Les arguments pour attendre (et pourquoi ils sont faibles)
"Les marchés sont à des sommets historiques"
Les marchés sont régulièrement à des sommets historiques. C'est normal : c'est la définition d'une tendance haussière. Chaque sommet est suivi d'un nouveau sommet.
"Il y a trop d'incertitudes"
Il y a toujours des incertitudes. Guerres, élections, pandémies, crises financières... L'incertitude est permanente. Si vous attendez la certitude, vous n'investirez jamais.
"Les valorisations sont élevées"
Les ratios de valorisation (PER, etc.) peuvent rester "élevés" pendant des années. Le marché peut rester irrationnel plus longtemps que vous ne pouvez rester liquide.
"Je préfère attendre d'en savoir plus"
Vous n'en saurez jamais assez. Le moment parfait n'existe pas. L'information parfaite non plus.
La stratégie qui fonctionne vraiment
Investir régulièrement (DCA)
Le Dollar Cost Averaging résout le dilemme :
- Vous investissez un montant fixe chaque mois
- Vous n'avez pas à décider du "bon moment"
- Vous achetez plus de parts quand les prix sont bas
- Vous lissez votre prix d'entrée sur le temps
Exemple concret
| Mois | Cours | Montant investi | Parts achetées |
|---|---|---|---|
| Janvier | 100 € | 500 € | 5,00 |
| Février | 90 € | 500 € | 5,56 |
| Mars | 80 € | 500 € | 6,25 |
| Avril | 85 € | 500 € | 5,88 |
| Mai | 95 € | 500 € | 5,26 |
| Juin | 105 € | 500 € | 4,76 |
Total : 3 000 € investis, 32,71 parts, prix moyen de 91,74 €
Vous avez traversé une baisse de 20 % et une remontée sans stress, en accumulant des parts.
Pourquoi le DCA est psychologiquement supérieur
- Pas de décision de timing : vous investissez mécaniquement
- Moins de regrets : pas de "j'aurais dû attendre" ou "j'aurais dû investir plus tôt"
- Discipline automatique : l'habitude se crée
- Émotions neutralisées : le processus est automatique
Les cas où attendre fait sens
Vous n'avez pas d'épargne de précaution
Sans 3-6 mois de dépenses en liquidités, n'investissez pas. Un imprévu vous forcerait à vendre au pire moment.
Vous avez un projet à court terme
Si vous avez besoin de l'argent dans moins de 3 ans (apport immobilier, mariage, etc.), la bourse n'est pas adaptée. Les fluctuations à court terme sont trop importantes.
Vous avez des dettes coûteuses
Un crédit à la consommation à 8 % doit être remboursé avant d'investir. Aucun placement ne garantit 8 % par an.
Vous ne comprenez pas ce que vous faites
Prenez le temps de vous former avant d'investir. Comprendre les bases évitera des erreurs coûteuses.
Plan d'action concret
Si vous avez une somme importante à investir
Deux options valables :
Option 1 : Investir en une fois
- Statistiquement optimal (68 % des cas)
- Demande une forte tolérance au risque
- À faire si vous n'avez pas peur des fluctuations
Option 2 : Investir en 6-12 mensualités
- Légèrement moins performant statistiquement
- Psychologiquement plus confortable
- Vous permet de vous habituer aux fluctuations
Si vous investissez régulièrement
Ne changez rien. Continuez votre DCA mensuel quoi qu'il arrive. Les marchés montent ? Continuez. Les marchés baissent ? Continuez. C'est la stratégie gagnante.
Si vous hésitez depuis des mois
Commencez aujourd'hui avec un montant modeste. Même 100 €. L'important est de briser l'inertie. Vous ajusterez ensuite.
Questions fréquentes
Les marchés ne sont-ils pas surévalués actuellement ?
C'est possible. Mais ils l'étaient aussi en 2015, 2017, 2019... et ont continué de monter. La surévaluation peut durer des années.
Et si un krach arrive juste après que j'investis ?
C'est le pire scénario émotionnellement, mais pas financièrement si vous restez investi. Le S&P 500 s'est toujours remis de ses krachs, généralement en 2-5 ans.
Dois-je attendre les élections / la décision de la Fed / [événement] ?
Non. Ces événements sont déjà intégrés dans les cours. Et après celui-ci, il y en aura un autre à attendre. La liste des raisons d'attendre est infinie.
Comment savoir si c'est vraiment le bon moment ?
Vous ne le saurez jamais avec certitude. C'est pour ça que le DCA existe : il vous dispense de cette question impossible.
Conclusion
Le meilleur moment pour investir était il y a 20 ans. Le deuxième meilleur moment, c'est maintenant. Les données historiques sont claires : le temps passé sur les marchés bat les tentatives de timing.
Points essentiels :
- Le market timing ne fonctionne pas pour 90 % des investisseurs
- Investir immédiatement bat l'attente dans 68 % des cas
- Le DCA est la solution pour ceux qui hésitent
- Rester investi est plus important que le moment d'entrée
- L'attente a un coût : inflation, dividendes manqués, opportunités perdues
- Le moment parfait n'existe pas — commencez avec ce que vous avez
Pour approfondir la psychologie derrière ces décisions, consultez notre article sur la peur de perdre en bourse et notre guide sur l'investissement long terme.
Article mis à jour en décembre 2025. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.